Arrêté à 12 ans, il a été privé de son enfance : L’histoire de Kongawi

Kongawi n’avait que 12 ans lorsqu’il a été arrêté par des militaires en pleine rue, sans aucune explication, dans la localité de Dongo, dans la province de la Mongala. Il venait simplement rendre visite à sa tante pour lui demander de l’aide afin de payer ses frais de scolarité. Il n’est jamais rentré chez lui.

Ce jour-là, en octobre 2010, sa vie bascule.

À cette période, un conflit armé fait rage entre les communautés Enyele et Monzaya. Pour "pacifier" la région, des militaires venus de Kinshasa sont déployés et procèdent à l’arrestation massive de jeunes hommes à travers la ville.

Kongawi était l’un d’entre eux.

Sans procès ni accusation, il est conduit avec d'autres adolescents à Gemena, puis embarqué à bord d’un avion militaire à destination de Kinshasa. Lorsqu’il atterrit, totalement désorienté, il est directement transféré à la prison centrale de Makala. Nous sommes le 7 octobre 2010.

À son arrivée, il est affecté au Pavillon 5. Privé de tout soutien juridique ou social, Kongawi survit dans des conditions inhumaines : une seule ration quotidienne de “vungule” (un mélange de maïs et de haricots), un accès à l’eau extrêmement limité, et des nuits passées accroché aux barreaux des fenêtres d’aération pour échapper aux agressions.

Dans ces conditions, son état de santé se détériore rapidement. Il est transféré à deux reprises au Pavillon 7, réservé aux détenus souffrant de malnutrition, qui bénéficient de compléments alimentaires fournis par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Il est également admis à l’infirmerie de la prison pour une hernie sévère nécessitant une opération.

Ce fut son quotidien pendant dix ans et six mois.

Plusieurs des jeunes arrêtés en même temps que lui n’ont pas survécu à la détention. D’autres ont perdu la vie lors de l’évasion collective de 2017, menée par la secte « Mwana Nsemi ».

Demeuré seul, Kongawi s’en remet à sa foi. Il s’efforce de rester en paix avec tous, évitant tout conflit.

Une rencontre miraculeuse

Un matin d’août 2020, à la fin d’un culte religieux organisé à la prison, il croise le chemin d’un représentant de notre organisation. Il rencontre ensuite Maître Guy Kabeya, l’un de nos avocats partenaires, qui prend en charge son dossier. Pour la première fois depuis dix ans, une perspective de justice s’ouvre à lui.

Après plusieurs mois de démarches auprès des autorités judiciaires et une campagne médiatique menée aux côtés de nos partenaires, Kongawi est enfin libéré en avril 2021, une semaine après la fête de Pâques.

À sa sortie, il n’a exprimé ni colère, ni rancune. Seulement une immense lassitude, et une volonté de se reconstruire.
Il se décrit comme « un ressuscité ».

Mais la liberté ne suffit pas à réparer ce qui lui a été volé : son enfance.

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