Quand l’accès à la justice dépend du genre et du statut social

Dans le cadre de la campagne annuelle des 16 jours d’activisme contre les violences basées sur le genre, Ius Stella a mené une enquête exploratoire auprès de deux groupes de femmes dont les expériences sont encore largement absentes des politiques publiques et des débats sur la réforme de la justice : des étudiantes universitaires et des vendeuses dans les marchés populaires de Kinshasa. Le rapport, Besoins juridiques des femmes à Kinshasa, met en lumière une réalité commune à ces deux groupes : le genre et le statut socio-économique continuent de déterminer l’accès effectif aux droits et aux recours.

À Kinshasa, les femmes sont au cœur de la vie sociale, éducative et économique. Elles étudient, travaillent, soutiennent leurs familles et contribuent chaque jour à la survie de milliers de ménages. Pourtant, pour beaucoup d’entre elles, l’accès à la justice reste incertain, lointain, voire inexistant.

Sur les campus universitaires, de nombreuses étudiantes rapportent des situations de harcèlement, de violences basées sur le genre, d’abus d’autorité et de violences en ligne. Si certaines déclarent connaître leurs droits, très peu savent vers qui se tourner concrètement lorsqu’elles sont confrontées à une violation. La peur des représailles académiques, la stigmatisation et la méfiance envers les mécanismes existants contribuent à un silence généralisé et à un sous-signalement massif des violences.

Dans les marchés, les vendeuses évoluent dans un environnement tout aussi précaire. Majoritairement actives dans le secteur informel, sans statut légal clair, elles sont exposées à des confiscations arbitraires de marchandises, à des amendes abusives, à des tracasseries quotidiennes et à des violences répétées de la part d’agents publics. Pour ces femmes, souvent cheffes de ménage, la perte de marchandises signifie une perte immédiate de revenus et une insécurité économique directe.

Malgré des contextes différents, les mécanismes sont similaires : rapports de pouvoir déséquilibrés, procédures opaques ou coûteuses, absence de recours accessibles et peur des représailles. À travers leurs réponses, les femmes expriment des besoins clairs et convergents :

  • Une justice de proximité, accessible, humaine et digne de confiance ;
  • Une information claire sur leurs droits et les recours existants ;
  • Une protection effective contre les violences et les abus ; et
  • Un accompagnement juridique gratuit, ancré dans leurs lieux de vie, qu’il s’agisse des universités ou des marchés.

Ces attentes traduisent une demande forte : celle de ne plus être seules face à l’injustice.

Sur la base de ces constats, le rapport formule des recommandations concrètes visant à renforcer l’accès à la justice des femmes, notamment par :

  • La création de mécanismes d’aide sur les campus universitaires, offrant écoute, accompagnement juridique, soutien psychologique et mécanismes de signalement sécurisés ;
  • La mise en place de permanences juridiques dans les marchés, pour informer les vendeuses, documenter les abus et faciliter l’accès aux recours ;
  • Un accompagnement progressif à la formalisation des activités économiques, combiné à des formations en gestion d’activité et en droits économiques ; et
  • La réalisation d’une enquête de plus grande envergure, afin de produire des données représentatives sur les besoins juridiques des femmes à Kinshasa et, à terme, en RDC.

Ce rapport est important car il ne se limite pas à documenter des violations.

Il constitue une base factuelle pour l’action, le plaidoyer et le dialogue avec les autorités publiques, les universités et les partenaires techniques et financiers.

Il rappelle une réalité essentielle : sans accès réel à la justice, les droits, la sécurité et l’autonomie économique des femmes demeurent bien fragiles.

Vous pouvez télécharger le rapport complet ici.

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